ACTIVE HUMAN ADVENTURE
Maroc

Jour 4 : pourquoi je ne suis pas monté sous l'orage

Mehdi — Fondateur Active Human Adventure·
Jour 4 : pourquoi je ne suis pas monté sous l'orage

La grêle frappe la toile de ma tente depuis une heure. Je n'ai pas dormi. Je compte les secondes entre l'éclair et le tonnerre comme on s'accroche à quelque chose de précis quand tout le reste part en vrille.

Premier éclair : trois kilomètres. Deuxième : un kilomètre.

Je prends ma veste. Je prends mes chaussures. Et je sors.

Ce que j'avais prévu

On est au refuge des Mouflons depuis la veille, à 3 200 mètres dans le Haut Atlas marocain. Christophe et moi, on a monté 1 500 mètres de dénivelé dans la journée — lui en chaussures de randonnée classiques, moi en Vibram FiveFingers, ces chaussures minimalistes à cinq doigts que j'avais eu l'idée de tester sur deux semaines de trek. Mes mollets s'en souviennent encore.

Christophe est kiné comme moi. On a fait nos études ensemble. Je lui ai proposé de venir tester les voyages Active Human Adventure de l'intérieur — pas comme accompagnateur, comme client. Voir ce que ça fait. Ce que Brahim, notre guide du village d'Imlil, déclenche chez quelqu'un qui ne le connaît pas.

Le lendemain matin, c'était l'ascension du Toubkal. 4 167 mètres. Toit de l'Afrique du Nord.

4h du matin

Le réveil ne sert à rien. La pluie torrentielle m'a sorti du sommeil bien avant. Je suis allongé dans un duvet humide — pas trempé, mais la condensation a fini par gagner — avec des nausées, des maux de ventre qui traînent depuis deux jours, et le mollet gauche à moitié anesthésié. Résidu de la journée d'avant.

Ma tente tremble.

Au petit-déjeuner à la frontale, tous les groupes posent la même question à leurs guides. On monte ou on attend ?

J'entends un Français, à la table d'à côté, qui interroge le sien :

Ça n'est pas dangereux de partir quand c'est mouillé comme ça ?

Le guide répond sans hésiter.

Au contraire. Ça accroche mieux que quand c'est sec.

Dans ma tête, j'imagine la suite logique :

Et partir sous l'orage, c'est dangereux ?

Mais non. Ça vous permet d'économiser votre lampe frontale.

Ce que l'ego voulait

Je ne vais pas mentir. Rester m'a coûté quelque chose.

J'ai 31 ans. Je fais des Spartan Race depuis 2012. J'ai passé des nuits en bivouac dans la neige pyrénéenne. Je suis kiné du sport. Mon corps, je le connais.

Et là je suis assis dans un refuge à 3 200 mètres, à regarder partir des gens en Gore-Tex flambant neuf.

L'ego ne parle pas fort. Il murmure juste : tu vois ? Ils y vont, eux.

Christophe y est allé. Christophe, qui est la voix de la raison dans notre binôme depuis dix ans. Christophe qui pèse toujours les deux côtés avant de décider. Il est sorti dans la nuit avec Brahim, sous les éclairs qui zébraient l'horizon.

Je suis retourné dans ma tente.

Ce que la montagne m'a dit à 5h20

Je ne dors pas. Je lis.

Le livre s'appelle Solitaire du désert de glace, d'Éric Loizeau — navigateur, six tours du monde en solitaire, vingt ans d'alpinisme ensuite. Je l'avais rencontré quelques mois plus tôt à Biarritz lors d'une présentation de projet humanitaire. Je ne savais rien de lui à l'époque. Je le lis maintenant à la frontale pendant que ma tente tremble.

À 5h20, un éclair blanc inonde l'intérieur de la toile.

Je compte. Un. Deux. Trois.

Moins d'un kilomètre.

Je prends ma veste et je marche jusqu'au refuge en rasant les parois de pierre. La grêle fait un bruit d'insectes sur ma capuche.

« Il faut savoir renoncer même si c'est dur pour l'ego. »

C'est ce que j'ai écrit dans mon carnet ce matin-là. Une heure avant, j'aurais dit que c'était une évidence. Là, je mesure la distance entre savoir quelque chose et le vivre.

Le thé qu'on ne refuse pas

Une heure plus tard, Christophe et Brahim sont de retour. Trempés. Sains et saufs.

On boit un thé à la menthe. La grêle a laissé des billes de glace grosses comme des petits pois sur la table en bois. Brahim les regarde sans rien dire.

On apprendra en fin de journée qu'aucun groupe n'a atteint le sommet. Pas un seul.

Ceux qui sont partis les premiers sont revenus au bout d'une heure. Ceux qui sont partis plus tard sont restés bloqués sur le pierrier détrempé. Le sol rocheux ne pardonne pas quand il est imbibé. Pas de traction, pas d'adhérence.

La montagne n'avait pas besoin de nous ce matin-là.

Ce que Brahim savait

Brahim a grandi à Imlil. Il connaît la météo de l'Atlas par le ciel, la direction du vent la veille au soir, la façon dont les nuages s'accumulent à l'ouest. Pas par les applications météo.

Il savait. Il ne nous a pas dit de ne pas partir parce que ce n'est pas son rôle de le dire à des adultes qui ont payé pour un sommet. Mais il savait.

Les gens qui vivent dans les montagnes ne rassurent pas. Ils observent. Et si vous regardez attentivement, vous lisez la vérité dans ce qu'ils ne disent pas.

Renoncer à quelque chose qu'on veut vraiment, pour une raison juste, est peut-être la chose la plus difficile que la montagne puisse demander. Pas la pente. Pas le froid. Pas l'altitude.

Savoir partir dans la bonne direction — parfois, c'est rester.

Si toi aussi il y a une montagne dans ta tête depuis trop longtemps, les voyages Active Human Adventure au Maroc sont construits pour ça. Avec Brahim, qui sait lire le ciel.

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